Transgénèse végétale : quelles craintes pour l'avenir ?

paprika homeophyto

Catherine Chevallier

Résumé

En Europe, et particulièrement en France, l'alimentation est un domaine
sacré auquel il est difficile de toucher. L'introduction d'aliments
issus ou produits d'organismes génétiquement modifiés
dès 1996 s'est donc opérée de manière très
difficile. Les risques à court, moyen et long terme ne sont pas connus.
Alors, l'inquiétude grandit. Il faut au plus vite répondre à cela
et apporter des solutions.

Le contexte

Les aliments issus du génie génétique
constituent une source d'inquiétude de la part des
consommateurs européens. Leur arrivée sur
le marché européen en 1996 a été l'occasion
de nombreuses erreurs.

Tout d'abord, les industriels ont introduit ces aliments
de la manière la plus discrète possible,
ce qui n'a pas plus aux consommateurs.

Ensuite, les médias se sont emparés de l'affaire
et ont diffusé pléthores d'informations,
vraies, fausses, démenties, preuves à l'appui….tout
en montrant une opinion très négative du
contexte (confédération française
des semenciers, 1997).

Alors, les industriels, pris de court ont du réagir rapidement. En
effet, ils ne s'étaient pas préparés à une polémique
aussi vive et rapide. Ils ont du, dans l'urgence lancer une campagne de communication
afin de faciliter l'entrée des OGM (Organismes Génétiquement
Modifiés) dans l'alimentation. Or, celle-ci a été mal
perçue dans l'opinion publique car trop violente et provocante.

Parmi
leurs slogans, le lecteur pouvait lire des phrases telles que : "69
% des Français se méfient des biotechnologies, 63 % déclarent
ne pas savoir ce que c'est, heureusement 91 % savent lire
" (Massod,
1999).

L'erreur terminale fut apportée par M.Phil Angel, directeur
de communication chez Monsanto : "Nous n'avons pas à garantir
la sécurité des produits alimentaires génétiquement
modifiés. Notre intérêt est d'en vendre le plus possible.
C'est à la FDA (Food and Drug Administration) de veiller
à sa sécurité
", propos recueillis
par M.Billan dans
" Playing God in the garden " et cité dans
le Monde Diplomatique de décembre 1998.

D'autre part, de nombreuses associations de défense du consommateur
et de protection de l'environnement se sont alliées pour expliquer
le danger imminent en rapport avec la diffusion dans la nature puis dans
nos assiettes de ces nouveaux aliments. Leurs moyens de lutte sont les campagnes
d'informations, les demandes de moratoire, la diffusion de pétitions,
la présence dans les grandes surfaces. Leur opposition est ferme et
nette (Anonyme, 1998). De cela est née une polémique.

De ce fait, le public s'est, de manière générale,
intéressé
et informé. Par rapport aux techniques de complexité similaire,
il se montre plus au courant. Mais devant la polémique engagée,
les doutes et incertitudes, le consommateur a peur. À la question
: "Pensez-vous acheter dans le futur des produits alimentaires élaborés à l'aide
des biotechnologies ? ", plus de 60 % des consommateurs répondent
non (CREDOC, 1995). Même pas 3/10 des Européens seraient prêts à acheter
des fruits génétiquement modifiés s'ils avaient meilleur
goût. De plus en Europe, les citoyens deviennent de plus en plus méfiants
suite à l'affaire de la vache folle et du sang contaminé.

Le débat est faussé par des prises de positions très
subjectives. De ce fait, il est très difficile d'avoir des informations
honnêtes. D'emblée, il est important de souligner que les prises
de positions globales n'ont aucun sens.

 

Définition d'un OGM

Selon la directive 90/220/CEE, un OGM est défini ainsi : "Toute
entité biologique capable de se reproduire ou de transférer
du matériel génétique (…) d'une manière,
qui ne s'effectue pas naturellement par multiplication et ou recombinaison
naturelle.
"

La différence est faite entre l'OGM et l'hybridation ou le bouturage
car ceux-ci peuvent se produire de manière naturelle.

Il est bon de rappeler que les OGM constituent une technique de biotechnologie.
Celle-ci permet l'isolement, le transfert, puis l'expression des gènes
d'un individu d'une espèce dans le génome d'un individu d'une
autre espèce.

Par rapport aux techniques usuellement utilisées jusqu'ici des différences
existent :

- Le passage des barrières est possible. C'est-à-dire qu'il
est techniquement possible de transférer un gène d'une plante
vers un animal et inversement.
- Le processus est beaucoup plus rapide que les techniques habituelles telles
que le bouturage, l'hybridation. Les
étapes sont moins nombreuses. De même, il faut noter la précision
du geste, puisqu'en théorie, un seul gène est transféré….
- Il reste à rappeler que ce mode de transformation est irréversible (Watson
et coll., 1994).

Les différentes plantes

Les plantes transgéniques actuellement développées
sont celles qui apportent un intérêt au niveau des techniques
agricoles et donc pour leur concepteur :
ce sont des plantes résistantes à des herbicides, à un
insecte ou encore à un virus
(Moatti, 1997).

D'autres plantes sont actuellement en voie de recherche ou de commercialisation.
Ce sont surtout des plantes sensées apporter un intérêt
au niveau des qualités nutritionnelles comme par exemple l'ajout d'un
acide aminé supplémentaire.

Pour calmer le débat, les industriels lancent des théories
sur de chimériques plantes transgéniques résistantes
à la salinité
et donc susceptibles d'être cultivées
dans les pays en voie de développement. Mais cette thèse
reste encore trop compliquée car elle nécessite le transfert
de plusieurs gènes.

Il est possible aussi de réaliser des plantes transgéniques
qui ont un usage industriel. Par exemple, un colza produisant un lipide
intéressant pour les biocarburants est en cours d'étude (Moatti,
1997).

Enfin, certaines plantes transgéniques seront des alicaments,
c'est-à-dire des aliments qui, une fois consommés apportent
un bienfait pour la santé. Cet axe de développement avance
pour la production de vaccins oraux.

Conclusions

Le débat sur les plantes génétiquement modifiées
s'avère passionnant et passionnel.

Il reste à noter le paradoxe flagrant entre le relais considérable
d'informations par les médias et le peu de sources fiables pour comprendre
et analyser le sujet.

En effet, peu d'informations officielles circulent aujourd'hui sur les effets
de ces plantes sur l'environnement et la santé.
L'alimentation issue ou de nature transgénique reste encore une alimentation
expérimentale qui se trouve déjà dans nos assiettes.
Au niveau de l'alimentation humaine, un frein est mis actuellement, en vue
du Principe de Précaution afin de limiter au maximum la consommation
de ces nouveaux aliments dont on connaît peu de choses. Limiter ne
veut pas dire
éliminer…

De ce fait, les industriels agroalimentaires reportent leurs efforts de recherche
vers l'alimentation animale pour l'instant !

Alors la question reste ouverte à savoir quel avenir pour les OGM
?

Leur avenir économique est pour l'instant freiné par le peu
d'enthousiasme de la part des consommateurs.
Leur avenir au niveau de la consommation humaine est entaché
de plusieurs freins. Au niveau juridique, un véritable dédale
complique leur demande d'autorisation de mise sur le marché, du moins
en Europe. Cependant, elle tend à se simplifier sous la pression de
pays plus aventureux que d'autres.
Au niveau des études de risques, cela prendra encore du temps avant
d'avoir les premières estimations garanties.
En attendant, les industriels continuent à œuvrer comme on l'a
vu ce printemps avec la mise en champs discrète de cultures transgéniques
qui ont finalement obtenu leur autorisation cet été 2000.

 

Modifié le: 
11/10/2017
par: 
Véronique Baumann
Auteur : - 3/04/2004

À propos de l'auteur

Catherine Chevallier

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