Sécurité et bénéfices des phyto-oestrogènes apportés par l'alimentation.

soja phyto oestrogènes

Synthèse réalisée par le Dr Jean-Louis SAGNE, PDG des laboratoires Monin Chanteaud, Montpellier

Fini les allégations illicites? Fini les dosages extravagants?

L'Afssaps et l'Afssa viennent enfin de rendre un rapport commun sur «Sécurité et bénéfices des phyto-estrogènes apportés par l'alimentation". L'essentiel à retenir est :

Sur le plan de la sécurité

La dose de 1 mg par j / kg d'isoflavones aglycones ne doit pas être dépassée; Une dose supérieure pouvant entraîner des effets délétères. Cette dose inclut les apports nutritionnels, ce qui suppose donc un interrogatoire sur les habitudes nutritionnelles des patientes avant complémentation. En effet, un supplément en isoflavones ne devrait donc pas dépasser environ 70 % de cette limite ainsi fixée si l'on s'accorde une marge de sécurité tenant compte des autres sources alimentaires (céréales, pois-chiches ...). Il est précisé: « En revanche, la consommation, soit de compléments alimentaires plus fortement dosés, soit d'aliments à base de Soja et de compléments alimentaires de façon concomitante, amène à des apports en isoflavones beaucoup plus élevés que dans les populations asiatiques... » L'utilisation de bon nombre de compléments nutritionnels conduit donc actuellement à des surdosages.

Cette dose ainsi définie est une dose limite mais ne serait en aucun cas une dose d'efficacité recommandée par les commissions, en particuliers sur les troubles fonctionnels de la ménopause.

  • Faisant référence aux laits de Soja conseillés aux enfants allergiques apportant des quantités notables de phyto-estrogènes , il n'a pas été pour l'instant retenu d'effets majeurs sur le développement. Toutefois les phyto-estrogènes seront déconseillés chez l'enfant de moins de 3 ans ainsi que chez la femme enceinte.
  • L'association de plusieurs sources de phyto-estrogènes dans une même préparation est clairement déconseillée (association de plusieurs plantes à effets phyto-estrogéniques ou de Soja associé à d'autres plantes pouvant avoir une action estrogène-like comme le Houblon ou la Sauge par exemple) car la dose résultante ne peut-être déterminée avec précision.
  • Bien qu'il ait été reconnu dans ce rapport que la consommation de produits dérivés du Soja soit en corrélation avec une diminution significative de la fréquence des cancers du sein chez l'asiatique, il a été conclu que rien ne permet d'affirmer que ceci puisse être transposé à l'occidentale tant le nombre de critères pouvant intervenir est différent. Au contraire, et par mesure de sécurité, les commissions recommandent d'éviter leur usage chez les femmes présentant des antécédents notoires et ce, malgré le fait qu'à ce jour les phyto-estrogènes ne soient pas associés statistiquement à une augmentation de ce type de cancer.
  • De même, et compte tenu d'une interaction possible, ils ne doivent pas être associés à la prise de Tamoxifène.
  • D'une manière générale, les phyto-estrogènes doivent être évités chez les hypothyroïdiens.

Sur le plan des bénéfices en matière de santé

Les commissions admettent des actions possibles sur certains symptômes sans toutefois les valider, tout en faisant bien la différence entre action obtenue par l'alimentation naturelle à base de Soja et celle obtenue ou non par des extraits purifiés et concentrés pouvant être privés des autres actifs de la plante.

  • Ainsi les phyto-estrogènes constitueraient une piste intéressante mais encore mal étudiée dans l'ostéoporose où des études complémentaires devraient être réalisées en particulier sur le risque fracturaire. Néanmoins, la comparaison avec l'alimentation asiatique est difficile, celle-ci apportant entre autre une supplémentation en vitamine D et surtout vitamine K (natto), cette dernière ayant un rôle important dans l'activation de l'ostéocalcine. En l'état actuel il est donc prématuré et incertain de conclure à une action préventive dans l'ostéoporose.
  • Une action possible a été soulignée dans le cadre de la conservation des fonctions cognitives.
  • Selon le rapport, une amélioration du tonus vasculaire pourrait être retenue mais pour des apports alimentaires de 45 mg d'isoflavones par jour, mais un effet pro-inflammatoire apparaît à partir de 73 mg.
  • Enfin reste le problème très controversé des bouffées de chaleur. En effet, toutes les études cliniques qui ont été versées au dossier ont fait l'objet d'un examen rigoureux et critique ce qui n'a rien d'étonnant quand on sait combien l'évaluation de ce type de symptôme par la patiente fait appel à des critères personnels et forcément subjectifs. Ceci n'est pas le propre des phytoestrogènes mais de toutes les spécialités dans ce domaine où l'on sait que la part du placebo prend toujours une place importante dans ce type d'étude.

On peut lire dans le texte officiel: «Sur 13 études à méthodologie acceptable, 4 ont un effet significatif sur les bouffées de chaleur allant d'une réduction de 5 à 24 %, 1 montre un effet sur la cytologie vaginale...» Néanmoins, la lecture attentive du même rapport permet de noter que l'appréciation de ces études pourrait être révisée si l'on tient compte d'une population significative de femmes (environ 30 %) capable de transformer une isoflavone (la daidzéine) en équol reconnu plus actif.

Sur le plan biologique ainsi que sur la notion dose/effets

  • La majorité des extraits de compléments nutritionnels ne peuvent être comparés aux véritables apports alimentaires naturels.

En effet, le rapport établit clairement: "Les compléments alimentaires contiennent sous une forme concentrée, des nutriments ou d'autres substances ayant sur l'organisme un effet nutritionnel ou physiologique. Ils sont très différents des aliments classiques: par exemple, toute la richesse ne peut être plus ou moins bien utilisée par l'organisme que lorsqu'elle est dans l'aliment source, enfin la substance y est généralement concentrée ce qui conduit à une dose plus, voire beaucoup plus élevée.» Il est donc reconnu qu'un extrait purifié et concentré aura non seulement une action différente du "totum de plante» mais peut entraîner plus facilement un surdosage du principe actif isolé.

  • Différence de concentrations plasmatigues entre occidentaux et orientaux

Il est dit "Les concentrations plasmatiques moyennes mesurées après une exposition chronique sont supérieures chez les occidentaux à celles mesurées chez les asiatiques pour une prise alimentaire comparable

  • À propos de l'effet-dose

"II serait bon d'envisager des études de ces molécules à faibles doses puisque plusieurs expériences mentionnent des effets marqués aux faibles doses qui ne sont pas ou moins retrouvés aux fortes doses

Docteur Jean-Louis SAGNE

Modifié le: 
23/01/2018
par: 
Véronique Baumann
Auteur : - 23/03/2008

À propos de l'auteur

Docteur Jean-Louis Sagne, directeur des laboratoires Monin-Chanteau et enseignant. 

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