Ménopause et phytothérapie

soja

Quelles plantes pour accompagner la ménopause

Le traitement phytothérapique substitutif est prescrit dans un souci de se calquer sur le cycle naturel et sur le THS associe des phyto-oestrogènes, le plus souvent du soja et des phyto-progestatifs.

Préambule

La prise en charge thérapeutique de la ménopause, qu'elle soit allopathique ou phytothérapique, concerne un très grand nombre de femmes puisque 10 millions de femmes sont ménopausées en France, 400 000 nouvelles femmes le sont chaque année. 17 % de ces femmes, seulement prennent un traitement hormonal substitutif allopathique (THS). Mais il faut savoir que sur ces 17 % de femmes :

  • Une femme sur deux abandonnera le THS en 24 mois,
  • 20 à 30 % de ces femmes ne le commenceront même pas,
  • 10 % le prendront irrégulièrement,
  • 20 % le prendront moins de 9 mois.

Comment traiter les plus de 80 % de femmes restantes ?
Pourquoi traiter la ménopause, qui n'est pas une maladie en soi ?

Cette situation hormonale qui correspond à l'arrêt des sécrétions ovariennes peut s'accompagner de divers troubles inconfortables tels que notamment, les bouffées de chaleur, une sécheresse de la peau et des muqueuses. Elle conduit la femme vers un vieillissement général qui s'accentue, avec une augmentation du risque cardio-vasculaire et une déminéralisation progressive, pouvant dans certains cas seulement conduire à une ostéoporose, dont tous connaissent la gravité.

La pratique d'une ostéodensitométrie dès l'arrêt des règles renseigne sur la minéralisation de la femme, et si elle est normale, autorise la mise en place d'un traitement hormonal plus naturel, en l'occurrence phytothérapique. L'information et le choix doivent être donnés aux femmes ménopausées.

Comment et dans quel cadre ?

Le traitement phytothérapique substitutif est prescrit dans un souci de se calquer sur le cycle naturel et sur le THS associe des phyto-oestrogènes, le plus souvent du soja et des phyto-progestatifs. Les indications peuvent être les suivantes :

  • Après 10 ans de prise de THS.
  • Lorsque le THS n‚est pas souhaité par la femme
  • Lorsque le THS est mal toléré par la femme (prise de poids, saignements, maux de seins…)
  • En cas de non-observance du THS
  • En cas de contre-indications relatives au THS (obésité, diabète, tabac, mastoses..)
  • En association avec le THS afin d'en diminuer les doses

Les principes végétaux ne sont pas des remèdes de " bonne femme ", mais de " bone fame ", c'est-à-dire " bona fama ", de bonne réputation.

L'usage traditionnel a orienté le médecin phytothérapeute vers un certain nombre de végétaux à usage hormonal, comme les sauges, Salvia officinalis et Salvia sclarea notamment.

L'observation, dans les années 1950, de moutons présentant de gros troubles de la fertilité, a permis de mettre en évidence la forte activité oestrogénique du trèfle souterrain, Trifolium subterraneum. Des milliers de publications, depuis, font état de l'oestrogénicité de plus de 600 végétaux. Un rapport d'expertise sur les phyto-oestrogènes, demandé en 1996 au Dr Catherine Bennetau-Pelissero, par le Ministère du Travail et des Affaires Sociales, dans le cadre d'un groupe de travail " Contaminants et phyto-sanitaires " est de façon étonnante, resté sans aucune suite.

Mises en garde

La plante la plus étudiée à ce jour est le soja, Glycine soja. L'interprétation de certaines données épidémiologiques a pu faire penser et publier, que les femmes japonaises qui consommaient du soja depuis leur petite enfance présentaient de ce fait uniquement, moins de cancer du sein. Un pas facile avait été franchi informant le grand public d'une soi-disant protection par rapport au cancer du sein, et de leur innocuité chez une femme présentant un cancer gynécologique hormonodépendant (sein, endomètre).

Nous avons été les premiers à informer par voie de presse, de la nécessité absolue d'observer, pour les traitements hormonaux phytothérapies, (TPS), les mêmes contre-indications que pour les THS, c'est-à-dire, les cancers gynécologiques hormonodépendantss du sein et de l'endomètre, et les accidents thrombo-emboliques, contrairement à ce que soutenaient des laboratoires, leader d'opinion.

Fort heureusement, les médecins allopathes sont revenus sur ces assertions, non dénuées de danger pour les femmes concernées. La qualification de complément alimentaire actuellement donnée aux produits phyto-hormonaux complique grandement une situation qui n'est déjà pas simple, mais elle apporte de grandes satisfactions commerciales aux laboratoires les mettant sur le marché. 19 produits sont déjà en vente en pharmacie, sans compter les produits vendus par correspondance et dans les boutiques diététiques.

Cette qualification encourage de plus l'auto-médication, qui n'est sûrement pas sans danger, surtout si la femme n'est pas régulièrement suivie par un médecin, car le risque de cancérisation sous TPS n'est pas éliminé.

Si le terme de complément nutritionnel s'applique parfaitement au soja, il n'en est pas forcément de même pour le trèfle, Trifolium repens (diapositive)ou la luzerne, Medicago sativa, qui assimilent la femme à une brebis qu'elle n'est pas…

Pour le médecin phytothérapeute, les phyto-hormones ne sont pas des compléments nutritionnels, mais des phyto-médicaments. Les recherches pratiquées par les universitaires, tant dans les facultés de sciences que de pharmacie, le sont avec autant de rigueur que pour un médicament allopathique.

Ces phyto-hormones devraient faire l'objet, avec toutes les difficultés que cela comporte, d'une véritable autorisation de mise sur le marché (AMM). Celle-ci cautionnerait et authentifierait le réel pouvoir thérapeutique de ces molécules, qui, notamment pour les isoflavones du soja, ne sont pas seulement dotées de propriétés hormonales, mais aussi d'actions anti-oxydantes majeures, intervenant à divers niveaux, sur le processus du vieillissement cellulaire, ce qui n'est jamais le fait d'une molécule de synthèse.

En matière de ménopause, l'équilibre de la femme s'intègre dans une notion de prise en charge globale, qui passe par l'attention portée aux facteurs émotionnels, neuro-hormonaux, immunitaires mais aussi nutritionnels et environnementaux. L'importance de l'alimentation est grande, elle est souvent négligée par le médecin. L'environnement, du fait de la présence croissante des xéno-oestrogènes, peut interférer de façon conséquente, sur les processus de carcinogenèse, notamment en matière de cancer du sein et de l'utérus. Les xéno-oestrogènes sont des composés exogènes non naturels, d'origine industrielle, à activité oestrogénique, dont DTT et la dioxine (travaux du PR Marty, de Bordeaux).   Rappelons qu'une femme sur neuf en France est atteinte d'un cancer du sein, contre une femme sur 40 au Japon. Des interprétations rapides des données épidémiologiques ont attribué cette différence importante à la consommation, par les japonaises, de soja depuis l'enfance.

Il semblerait que ce faible taux soit multifactoriel, lié à un mode de vie totalement différent :

  • Des facteurs nutritionnels certes, avec une alimentation beaucoup plus végétarienne, apportant des phyto-oestrogènes, mais aussi riche en poissons gras, contenant des acides gras polyinsaturés protecteurs cellulaires, un mode de cuisson à la vapeur ou rapidement sauté, moins toxique
  • Des facteurs socio-culturels, environnementaux,
  • Et surtout, personne n'en parle, une moindre prise d'hormones : après 40 ans d'interdiction, la contraception hormonale a été autorisée l'an dernier seulement dans ce pays.
  • Les femmes ménopausées sont peu nombreuses à prendre des THS. Elles présentent, c'est vrai, moins de bouffées de chaleur que les occidentales.

La polémique autour du risque carcinologique lié aux THS perdure. Le Professeur Israël (dès 1993), tout comme le Professeur Joyeux (1998) mettent en cause les traitements hormonaux dans cette augmentation dramatique du cancer du sein. Il faut bien constater que la première chose demandée à une femme atteinte de cancer du sein, est d'arrêter toute hormone à usage gynécologique, qu'il s'agisse de la pilule contraceptive, des traitements progestatifs, ou de THS.

L'étude du végétal au cours des siècles, a permis de confirmer l'efficacité de la phytothérapie dans un certain nombre de pathologies, dans des conditions précises de préparation. Elle a mis en évidence des effets secondaires possibles, la notion de dose et la possibilité d'effets indésirables voire de toxicité. Le grand public à tendance à l'oublier. Les ressources du végétal sont quasi infinies et servent en permanence, de modèle à la chimie de synthèse la plus avancée, notamment en matière de chimiothérapie anti-cancéreuse, ouvrant là de vastes champs de recherche. Les intérêts commerciaux et la recherche du sensationnel, les notions de mode doivent passer au second plan. Mais nous devons être vigilants, car de nouveaux problèmes liés à la mode du soja se profilent :

  • Le risque iatrogène de situation d'hyperoestrogénie chez des femmes prenant conjointement, un THS, des phyto-oestrogènes et consommant en plus des aliments à base de soja.
  • Mais plus graves encore, sont les doses de phyto-oestrogènes ingérées par les enfants en bas âge, nourris au lait de soja. Des dosages récents effectués par le Dr Bennetau-Pelissero à l'ENITA de Bordeaux confirment la présence de l'équivalent d'un TPS dans un litre de lait de soja, soit environ 75mg par jour. Ceci, rapporté au poids de l'enfant, équivaut à des doses 7 à 11 fois supérieures à celles ingérées par une femme ménopausée pour se traiter. Les fabricants interrogés auxquels il était suggéré d'enlever les phyto-oestrogènes du lait de soja destiné aux enfants ont mis en avant le coût élevé de cette manipulation… pourtant largement compensable par la revente de ces isoflavones à des fins de traitement à des laboratoires pharmaceutiques
  • Le dernier problème concerne l'interdiction des farines animales dans l'élevage de certains animaux. Ces farines seraient remplacées par des produits à base de soja… Si l'on a pu démontrer que 24h après l'abattage, il n'y avait plus dans l'organisme de l'animal, de phyto-oestrogènes, le problème reste entier quant au devenir des portées issues de femelles gestantes nourries au soja…

Le " primum non nocere ", " d'abord ne pas nuire ", d'Hippocrate, doit accompagner notre quête de médecin pour soulager, soigner et guérir quand cela est possible. La plus grande prudence est de mise quelle que soit la ou les thérapeutiques choisies, qui peuvent s‚associer et se compléter. L'automédication si fréquente en matière de phytothérapie, la mise sur le marché de produits non scientifiquement contrôlés, sont sources d'erreurs, de risques, d'inefficacité et de perte de crédibilité du pouvoir thérapeutique du végétal.

Prescrire, conseiller, mais aussi et surtout, mettre au point un produit végétal à visée thérapeutique ou alimentaire, ne peut se faire sans une parfaite connaissance de la physiologie, de la physiopathologie, de la pharmacocinétique et des risques liés à l'utilisation de cette plante, même si elle n'est pas toxique (exemple du soja et nous n'avons pas parlé des retentissements chez l'individu masculin…).

Le consommateur mérite d'être renseigné sur tous les avantages et tous les inconvénients que cela peut entraîner.

La phytothérapie s'enseigne à la faculté de médecine Paris XIII. Le PR Cornillot qui en a été le doyen fondateur a créé en 1982, non sans mal et sans critiques virulentes, le Département Universitaire des Médecines Naturelles qui regroupe diverses pratiques thérapeutiques : l'homéopathie, la naturopathie, l'acupuncture, l'auriculothérapie, la mésothérapie, l'ostéopathie et la phytothérapie.

Une émission récente sur France 2 a traité sans aucune polémique " des médecins douces à l'hôpital ", pour le plus grand intérêt de deux millions de téléspectateurs. L'ouverture n'est plus à faire, l'usage thérapeutique du végétal accompagne l'histoire de l'Homme.

Et le premier remède de l'Homme devrait être son aliment végétal.  

Dr Bérengère Arnal-Schnebelen, (gynécologue, responsable du DU de phytothérapie, Faculté de Médecine Paris XIII) " Notre Santé au Futur ! "Mercredi 17 janvier 01 Assemblée Nationale

Articles liés

Modifié le: 
24/10/2018
par: 
Véronique Baumann
Auteur : - 14/01/2000

À propos de l'auteur

Docteur Bérangère Arnal Schnebelen, Gynécologue phytothérapeute. 

Bibliographie
  • Guermonprez/Pinkas/Torc, Matière médicale homéopathique, Editions Similia (4 mars 2017), ISBN : 978-2842510718
  • D. Demarque, J. Jouanny. Poitevin, Y. Saint-Jean, Pharmacologie et matière médicale homéopathique, CEDH, 3e édition (1 octobre 2009), ISBN : 978-2915668391
  • C. Besnard-Charvet, C. Rocher, Homéopathie en gynécologie, Elsevier Masson (10 juin 2015), ISBN : 978-2294739996
  • C.Charvet, A. Demonceaux, F. Donner, Schémas et protocoles en gynécologie-obstétrique : Thérapeutique Homéopathique, CEDH (5 novembre 2010), ISBN : 978-2915668506
  • A.Holtscherer, M.S.Legros, Pratique homéopathique en gynécologie, Editions Boiron (1 janvier 1994), ISBN : 978-2857421061
  • Boericke , Matière médicale, Editions Similia; Édition : 9e éd. (18 janvier 1999), ISBN : 978-2904928994
  • L. Vannier, J. Poirier, Précis de matière médicale homéopathique, Editions Boiron (7 janvier 1999), ISBN : 978-2857420675
  • D. Grandgeorge, L’esprit du remède homéopathique : Ce que le mal a dit, Editions Narayana (8 mars 2016), ISBN : 978-3955821036
  • P. Barbier, Homéopathie : Petits remèdes retrouvés, Ed. Marco Pietteur (15 janvier 2003), ISBN : 978-2872110872
  • J.E. Poncet, Homéopathie pédiatrique : Thérapeutique en pathologie aiguë, Editions Boiron (31 mai 2002), ISBN : 978-2857420767
  • La femme de 40 à 50 ans : Actes des journées du 29-30 mars 1996, Lyon (Cliniques homéopathiques), Institut Boiron (1997), ISBN : 978-2857421238
  • M. Guermonprez, Homéopathie : Principes – Clinique – Techniques, Editions Similia (9 mai 2017), ISBN : 978-2842510763
  • 
J. Barbancey, Pratique homéopathique en psychopathologie, Editions Similia (18 janvier 1999), ISBN : 978-2904928178
  • 
V. Baumann, Homéopathie pratique : Le guide pour toute la famille, Larousse (21 mars 2018), ISBN : 978-2035948656
  • L. Pommier, Dictionnaire homéopathique, Le Livre de Poche (1986), ISBN : 978-2253038153

 

La référence en homéopathie, phytothérapie et médecines complémentaires depuis 1999