Le drainage homéopathique

Drainer, c'est stimuler un organe ou une fonction en douceur avec l'homéopathie

Le draineur est destiné à assurer le bon fonctionnement des émonctoires, mais aussi soutenir les grands organes de défense (foie et rate) et l’immunité naturelle de tout individu.

Docteur Jacqueline PEKER, vétérinaire homéopathe

« Toute maladie, ou pour être plus exact, tout état morbide, est le résultat d’une intoxination »

Cette intoxination peut être provoquée par la présence d’un élément biologique, mais elle peut être aussi le résultat d’un dérèglement de l’organisme qui ne sait plus éliminer ses déchets. C’est nous qui avons pour tâche de retrouver l’origine de ces troubles qui peut tenir à des causes multiples.

De toute façon (car face à un malade, nous ne devons jamais perdre du temps) il faut,

  • Dans un premier temps, drainer, et,
  • Dans un deuxième temps, régler.
  • Dans un troisième, nous devons rétablir définitivement notre malade.

Léon Vannier, dans l’Homéopathie Française de février 1912, donne la définition du drainage :

« Le drainage est l’ensemble des moyens à mettre en œuvre pour assurer l’élimination régulière des toxines qui encombrent l’organisme d’un sujet. Je dis d’un, et non des sujets, car, fait essentiel à retenir et d’une importance capitale, le drainage doit toujours être individualisé ».

Cette définition montre combien le drainage fait partie de l’ordonnance homéothérapique laquelle conduit à l’expulsion des troubles pathologiques.

 

Nécessité du drainage

Rappelons ce cas clinique de L. Vannier :

« En 1909, je suivais un jeune homme de 14 ans. Type carbonique, d’apparence très robuste, mais qui présentait fréquemment des coryzas et des maux de tête. Dans ses antécédents : adénopathies cervicales, une rougeole à 6 ans, une bronchite à 10 ans, qui s’était prolongée pendant 3 mois. Pensant à un terrain pré-tuberculeux, je donne DENYS 7 CH. Le résultat fut terrible. Le surlendemain, le petit malade eut brusquement 39°5 et présenta successivement les phénomènes suivants : mal de tête intolérable avec sensation de pesanteur et de chaleur, photophobie, diminution des urines, constipation, raideur de la nuque et faiblesse dans les jambes. Le 3e jour, il a 40° et de la diarrhée. Il évacue 15 à 2 0 selles aqueuses et d’odeur épouvantable. Tout alors rendre dans l’ordre, mais je n’avais rien compris. DENYS 7 CH* paraissait vraiment bien indiqué ».

* Souche homéopathique de la famille des tuberculines

Est-ce une aggravation ?
Ou une élimination trop brutale des toxines de même ordre que la haute dilution administrée ?
Les symptômes de méningite qui ne tardèrent pas à se déclarer manifestaient la localisation toxinique qui se préparait, localisation qui disparut avec l’apparition de la diarrhée, drainage naturel produit par la défense de cet organisme encombré brusquement par la mise en liberté dans le torrent sanguin des toxines tuberculiniques intra-cellulaires.

Cette élimination brutale de toxines qui dramatise le tableau clinique, nous l’avons vécu bien souvent.

Jibus était mon chien, un teckel à poil dur de 13 ans qui n’avait guère absorbé que des médicaments homéopathiques. Un matin, il me semble gêné pour expulser des selles qui sont anormalement fines. Il urine plus fréquemment que d’habitude et le fourreau est encombré d’un mucus jaunâtre. Jibus ayant un peu de mal à se dérouiller le matin, je pense qu’une dose de THUYA 15 CH est parfaitement indiquée, pour ce que je crois être une inflammation prostatique, et le dimanche soir, il accepte volontiers son remède.
Ah, quelle nuit nous avons passé, car, quelques heures plus tard, mon pauvre chien était agité, le ventre gonflé, secoué de tremblements. Vers 2 heures, une diarrhée hémorragique s’installe et, craignant la déshydratation, je donne quelques granules de CHINA 9 CH.
Le petit malade s’endort, mais il n’urine que 10 heures plus tard, une urine épaisse, malodorante.

Pourquoi cette dose de THUYA 15 CH , sur un organisme de 13 ans, qui aurait dû préalablement recevoir un drainage hépato-rénal ?

Ainsi auraient été évitées la diarrhée et le blocage rénal qui à 13 ans auraient pu être catastrophiques.

 

Que d’exemples nous pourrions citer avec SULFUR, chez les chats dont nous n’avions pas tenu compte du taux d’urée… avec PSORINUM, avec MEZEREUM

  • On peut drainer avant de donner une haute dilution.
  • On peut drainer après avoir donné un ou plusieurs remèdes à haute dilution.
  • Dans les deux cas, le draineur doit favoriser l’action thérapeutique déclenchée par la haute dilution et aider l’organisme à éliminer les toxines mises en liberté par cette même haute dilution.

Aujourd’hui, nous voyons fréquemment des prescriptions de 15, voire même 30 CH données d’emblée, sans aucune préparation. Je crois que, même si le médicament est parfaitement indiqué, il va s’infiltrer dans un organisme malade, affaibli, car intoxiné. Nous voulons obtenir une réponse rapide, c’est compréhensible, mais nous devons conserver le résultat obtenu, donc nous devons aider l’organisme à bien utiliser son médicament homéopathique et à bien se débarrasser des toxines créées par le phénomène pathologique.

Personnellement, je pratique un drainage différent, dans les cas aigus ou dans les cas chroniques.

Drainage dans une maladie aigue

Imaginons un cas de gastro-entérite hémorragique virale sur un chien en bon état. Vers 8 heures du soir, il s’agite et, anxieux, cherche à se cacher. Quelques heures plus tard, il commence à vomir, refuse l’eau et, très vite, une diarrhée hémorragique d’odeur putride apparaît. Le malade a du mal à respirer. Il recherche les endroits chauds. ARSENICUM ALBUM est si bien indiqué qu’on peut immédiatement donner une dose en 15 CH qui, très vite, soulage le malade.

Par la suite, nous préférons le donner en 9 CH : 3 granules toutes les 1/2 heures jusqu’à cessation des symptômes. Le malade est apparemment guéri, mais l’estomac et les intestins ont probablement souffert.

Aussi, pendant quelques jours, nous drainons avec le mélange :

10 gouttes deux fois par jour

Et, si besoin, nous ajoutons Cuivre-Or-Argent.

Si le malade reste agité, anxieux, avec un poil terne et un appétit capricieux, nous donnerons une nouvelle dose d’ARSENICUM ALBUM 9 CH à la fin du drainage.

 

Drainage dans les cas chroniques

Je pratique systématiquement un drainage homéopathique ou phytothérapique ou par oligo-éléments.

Je consulte un cocker de 8 ans pour une otite suppurée bilatérale qui traîne depuis deux ans, avec quelques moments de rémission en été. L’animal depuis deux ans est sous antibiothérapie, parfois corticothérapie et, d’une façon continue, des traitements locaux. L’animal est obèse et mou, avec, sans prévenir, le coup de dent facile.

Tout coule chez cette pharmacie ambulante… le nez, le fourreau, les narines, les yeux… CALCAREA CARBONICA et THUYA se profilent, mais je dois « drainer » ce malade, le nettoyer de l’intérieur vers l’extérieur… et après, l’interrogatoire me conduira où je dois aller. Je prescris un draineur complexe comprenant :

10 gouttes deux fois par jour

  • Cuivre-Or-Argent : une mesure le matin + une dose de NUX VOMICA 9 CH les dimanches.

Pour les soins locaux, je conseille

Je revois mon cocker 3 semaines plus tard, pas guéri, bien sûr, mais bien dans ses poils. L’oreille a séché et le toucher n’est plus douloureux.

Le malade « drainé » supportera les doses de CALCAREA CARBONICA 9-12-15 CH qui assureront la guérison, tandis que je demande qu’on poursuive le drainage pour que les émonctoires restent fonctionnels.

Beaucoup vous diront que le « remède de fond » assure lui-même son propre drainage. Certes, mais je pense qu’en vétérinaire surtout, son rôle est plutôt de rendre les toxines mobilisables, que d’assurer leur élimination. D’où la nécessité de prescrire avant lui (comme pour mon cocker) des remèdes destinés à assurer le bon état des émonctoires, que toute affection, surtout chronique lèse de façon plus ou moins profonde, et auxquels on va justement demander un travail accru.

Dans le choix d’un remède de drainage, l’organotropisme ou l’histiotropisme, sera l’élément essentiel, et la détermination du remède pourra s’effectuer sans grand risque, en dehors de la stricte similitude. Mais, il ne faut jamais perdre de vue les règles de l’homéopathie et la connaissance de la matière médicale, ainsi que la personnalité du malade. C’est à ce prix que l’action du remède sera profonde et durable.

La fonction de drainage sera largement étendue. Il faut, certes, tonifier les organes d’élimination, afin d’assurer le rejet des toxines engendrées par le ou les remèdes de fond, mais il faut soutenir les grands organes de défense (foie et rate) et l’immunité naturelle de tout individu. Organes déficients, mais aussi organes indemnes doivent être atteints par le drainage, sans oublier le système nerveux (en particulier le système nerveux neurovégétatif) si souvent déréglé dans les maladies chroniques.

Quand on a traité un malade par des remèdes de drainage, on peut parfois obtenir une amélioration fonctionnelle transitoire… mais attention, cela ne saurait suffire à assurer la guérison, la cause même des troubles morbides n’ayant pas été visée . Si la prescription du remède de fond s’appuie sur des caractéristiques générales, des raisons psychiques, des modalités universelles, des antécédents pathologiques, l’hérédité, l’alimentation… celle du remède de drainage repose sur des caractéristiques particulières, des raisons physiques, des modalités locales.

Un remède de fond peut parfois être utilisé comme draineur… si toutefois il est prescrit en basse dilution (au-dessous de la 5e CH). Mais un remède de drainage peut se révéler, au cours de l’interrogatoire, comme un remède de fond, qui sera prescrit en haute dilution (de la 9e à la 30e CH).

 

Le drainage en homéopathie vétérinaire

Reprenons la définition donnée par Léon Vannier dans « La Pratique de l’Homéopathie » :

« Le remède de drainage est celui qui a une action élective sur le tissu ou l’organe dont le fonctionnement défectueux entrave l’élimination des substances toxiniques produites ou introduites dans l’organisme. Son choix est rigoureusement déterminé par la Matière Médicale. Le remède de drainage est le remède dont les signes correspondent le mieux ou sont les « plus analogues » aux symptômes morbides présentés par le malade ».

Un remède de drainage est un remède homéopathique prescrit selon les lois rigoureuses et intransigeantes de l’Homéopathie… Comme toujours, la connaissance de la Matière Médicale règle la qualité de notre ordonnance.

Le drainage homéopathique n’est pas une affaire de mots, c’est une question de pratique. Ce qui explique que cette pratique, peut vous être transmise, dans la mesure où, depuis toujours, la classification la plus logique des remèdes de drainage est celle qui s’appuie sur les AFFINITES HISTOLOGIQUES.

Mais, le drainage doit aussi être considéré sous l’angle des diathèses et sous l’angle de la morphologie.

Un chien « carbonique » s’intoxique plus facilement qu’un chien « phosphorique » car, non seulement il mange plus et souvent n’importe quoi, mais il bouge peu, et tout abus de médicaments chimiques bloque ses émonctoires. Donc, c’est souvent foie-rein-pancréas que nous soulagerons, tandis que chez un phosphorique, nous protégerons les poumons et chez un fluorique, le système ostéo-articulaire.

En pratique

 

Modifié le: 
07/05/2018
par: 
Véronique Baumann
Auteur : Jacqueline PEKER - Auteur - 6/07/2017

À propos de l'auteur

Docteur Jacqueline Peker, vétérinaire homéopathe et auteure de nombreux ouvrages dédiés à l'homéopathie vétérinaire.

La référence en homéopathie, phytothérapie et médecines complémentaires depuis 1999