La peau dans tous ses états

massage

Par Michèle Freud, psychothérapeute, auteur de « réconcilier l’âme et le corps » Ed. Albin Michel, avril 2007

Remplie de récepteurs sensoriels, la peau est le plus sensible de nos organes. Elle reflète notre état psychique et notre santé en général. « Etre mal dans sa peau », « avoir les nerfs à fleur de peau », « avoir la peau dure », ou encore « l’avoir dans la peau », nombreuses sont les métaphores à utiliser la peau comme marqueur somatique.

Aujourd’hui, le lien entre les réactions physiologiques et psychologiques s’explique scientifiquement : De récentes découvertes ont montré que les cellules cutanées forment avec les terminaisons nerveuses présentes dans la peau de nombreuses connexions. Elles échangent ainsi en permanence des informations, sous forme de petites molécules appelées neuromédiateurs.

Ainsi une vingtaine d'entre eux, communs à la peau et au cerveau, ont-ils été recensés. L’épiderme s’exprime à travers des sécrétions de molécules odoriférantes, les glandes sudoripares, sébacées ou apocrites. Si l’émotion est positive (joie, bonne nouvelle), les vaisseaux se dilatent, le sang afflue et la peau rougit et se réchauffe. Si, au contraire, elle est négative, (appréhension, peur, etc.), les vaisseaux se rétractent, la peau pâlit et se refroidit. Notre cerveau joue un rôle capital dans le processus de notre fonctionnement psychique.

Le système nerveux central dépend de la régulation de l’organisme et de nos comportements. En coordination avec le système limbique, il permet de faire face à l’environnement. Toutes nos émotions sont accompagnées de modifications physiologiques. L’hypothalamus réagit à un choc, en déclenchant toute une série de réactions : accélération cardiaque, montée d’adrénaline, augmentation de la sécrétion de liquide gastrique. Chacun met en place une stratégie d’ajustement pour gérer son émotion. L’alerte passée, tout rentre dans l’ordre.

Quand un événement déborde notre capacité à faire face, le psychisme se fige. Le cerveau submergé d’émotions et de tensions, décharge alors son trop plein sur nos organes, les émotions imprègnent nos fibres. La conscience n’a pas d’autre alternative que d’inscrire la douleur dans le corps : c’est le principe du processus de somatisation. Une somatisation est une projection sur le plan corporel des perturbations émotionnelles. L’organisme se comporte tel un miroir de l’âme : quand l’état émotionnel est secoué, c’est l’énergie de l’organe qui en pâti.

On appellera souvent la peau au secours quand on n'a pas les mots pour le dire : « Quand ça ne passe pas par la bouche, il faut bien que ça passe ailleurs ! » écrit Groddeck(1), contemporain de Freud, considéré comme le père de la médecine psychosomatique, et auteur attentif du langage du corps vécu. Pour lui, nos organes parlent, Ce qui est tu, réprimé, s’exprimera à même le corps chargé de supporter tous ces silences. Il se fait l’écho de nos frustrations et tourments dont nous ne sommes pas toujours conscients. La peau, organe sensoriel traduisant nos sentiments, fait la jonction entre le « dehors » et le « dedans », elle est le lieu privilégié de l’expression émotionnelle.

Quand nous sommes anxieux, angoissés et que nous nous trouvons dans l’impossibilité de verbaliser notre peur, celle-ci se traduira par une allergie ou par tout autre message. Ainsi, à chaque première représentation, le comédien Louis Jouvet, déclenchait, du fait de son trac, une poussée d’eczéma paroxystique.

Une forte frayeur peut entraîner un blanchiment prématuré des cheveux ; ceux de Marie Antoinette, épouse de Louis XVI, blanchirent en une nuit, l’avant veille de son exécution relate l’histoire.  

La peau, miroir de l’âme

Nous connaissons tous ce lien subtil entre nos états d'âme et l'état de notre peau. La peau n'est pas seulement une enveloppe, une barrière entre le monde extérieur et notre corps, elle est également le support du cinquième sens : le toucher qui accorde une importance primordiale aux sensations et au ressenti. Liée à la vie affective et au plaisir et ce, dès la naissance à travers les échanges tactiles avec la mère, elle est un organe privilégié dans la relation. Les contacts peau à peau entre la mère et le nourrisson, les caresses données, les massages prodigués sont essentiels au développement harmonieux de ce « moi peau » expliqué par le psychanalyste Didier Anzieu(2).

Mémoire du toucher, des caresses maternelles, des réminiscences de joie et de tendresse, la peau garde aussi la trace des absences, des douleurs et des blessures de la vie et de ce qui se passe à l'intérieur de soi. Certains, à défaut d’avoir reçu une nourriture affective suffisante durant l’enfance, garderont une certaine fragilité psychique et seront par exemple davantage prédisposés à une maladie de peau. "C'est l'âme qui doit être traitée en premier lieu avec la plus grande sollicitude, pour que le corps s'en trouve soulagé" déclarait Platon qui, déjà, avait pressenti le lien étroit existant entre la peau et la sérénité de l’âme. L’histoire du sujet, sa structure, sa personnalité, son degré de vulnérabilité au stress seront à prendre en compte dans l’analyse et le traitement du symptôme. Massages, détente, relaxation ou toute autre forme de soins pourront être préconisés à titre de réparation symbolique.

Savoir se relaxer, apprendre à bien respirer, à lâcher prise, à se faire plaisir, cultiver un esprit zen seront des soins de restauration à intégrer dans une hygiène de vie au quotidien pour se sentir mieux dans sa peau, mieux dans sa vie. (1) Le livre du ça, Ed.Gallimard, 1923, (2) Le moi peau, Ed. Dunod

Modifié le: 
03/02/2017
par: 
Véronique Baumann
Auteur : Michèle Freud - 6/01/2008
La référence en homéopathie, phytothérapie et médecines complémentaires depuis 1999