Homéopathie et médecine anthroposophique

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Dr. Kempenich

Ou comment situer l’homéopathie et la médecine anthroposophique en tant que méthodes thérapeutiques.

SOMMAIRE

Un peu d'histoire

Pour comprendre la relation entre l’homéopathie et la médecine anthroposophique, nous allons nous pencher sur quelques données qui jalonnent l’Histoire de la médecine.

PARACELSE 1493 – 1541

C’était un alchimiste européen dont l’apport peut se résumer par cette phrase :

« L’Homme est la Nature dans son entier et la Nature est l’Homme éparpillé ».

Il résume les traditions des médecines ancestrales : en l’Homme se trouvent tous les éléments de la Nature, et chaque élément de la Nature correspond à un aspect de l’Homme.

Ces médecines traditionnelles étaient en grande partie basées sur la perception :

  • Non, les acuponcteurs n’ont pas testé tous les points sur le corps pour déterminer ceux qui fonctionnent, ils percevaient les niveaux des points cruciaux.
  • Non, les phytothérapeutes traditionnels n’ont pas essayé toutes les plantes, ils percevaient les relations entre l’Homme et la Nature.

Mais ces capacités se sont perdues !

GALILÉE (1564 – 1642)

Un peu moins d’un siècle plus tard, il semble vouloir mettre fin à l’obscurantisme moyenâgeux par la phrase suivante : « N’est vrai que ce qui est mesurable et pondérable ».

HAHNEMANN (1755 – 1843) 

C’est le fondateur de l’Homéopathie

Il confronte la démarche de Paracelse aux principes de Galilée guidés par l’expérience.

Samuel Hahnemann s’appuie en effet sur le principe de similitude expérimental : les pathogénésies sont élaborées à partir de l’intoxication de l’homme par une substance. Les signes et symptômes qui apparaissent sont listés de manière exhaustive, ils sont liés et classés. Et cette même substance, diluée et dynamisée et donnée à l’homme qui présente les signes de cette intoxication, devient médicament homéopathique.

Il s’agit ici du principe de similitude.

Sa méthode est basée sur l’expérimentation que prônait Galilée.

Rudolf SteinerRudolf STEINER (1861 – 1925) et Ita WEGMAN (1876 – 1943)

Ita WEGMAN est médecin gynécologue, tandis que Rudolf STEINER est le fondateur d’un courant de pensée, l’anthroposophie.

À partir des années 1920, ils répondent ensemble à l’interrogation d’une trentaine de médecins homéopathes qui souhaitent élargir leur pratique. Ils donnent ensemble naissance à la médecine anthroposophique.

Rudolf STEINER fut responsable à Weimar, de l’édition des œuvres scientifiques de GOETHE (1749 – 1832), qu’il présente en 1886 dans l’ouvrage : « Fondements d'une épistémologie de la conception goethéenne du monde », puis en 1887 dans « Goethe et sa conception du Monde ».

L’idée centrale de l’œuvre scientifique de GOETHE dans le monde végétal est que l’ensemble des plantes dérivent d’un archétype commun, la plante archétypique. Toutes les plantes en sont une métamorphose.

On peut observer un baobab, un brin d’herbe, qui sont deux créatures totalement différentes, et pourtant, on comprend intuitivement ce sont toutes deux des plantes, elles appartiennent à la même famille. Ce qui les lie, c’est justement cette notion d’archétype.

Rudolf STEINER prolonge cette idée de la manière suivante.

Il considère que l’homme et la nature ont une histoire intimement commune. Au fur et à mesure de l’évolution, sont apparus le règne minéral, le règne végétal, le règne animal et l‘Homme.

Cette histoire commune fait que :

  • Dans le domaine végétal se retrouvent à la fois le minéral et la vie.
  • Dans le domaine animal se retrouvent le règne minéral, un corps de vie, et un corps psychique, l’Anima, « animare ».
  • Chez l’Homme se rajoutent la conscience individuelle et la conscience spirituelle.

 

Principe de similitude et loi d’analogie

Tout ce qui existe dans la nature se retrouve ainsi dans l’homme (le niveau minéral, le niveau végétal, le niveau animal) puisqu’il existe un chemin commun, un processus archétypique commun.
Et c’est ainsi qu’émerge la loi d’analogie : à une substance du monde correspond un processus dans l’homme. Au cours de l’évolution apparaissent des substances naturelles qui, à l’intérieur de l’homme se manifestent en tant que processus dynamiques.

Qu’est-ce qu’un processus ?

Dans la nature, les éléments aboutissent à quelque chose de « terminal », ils sont « achevés », ils sont devenus substance alors que dans l’Homme, ils ne sont pas allés jusqu’au bout de leur évolution, ils s’orientent vers l’émergence de la vie, du psychisme et de la conscience.

C’est ce qui permet de mettre relation chaque substance avec un processus qui lui correspond.

En d’autres termes, comme le disait le Docteur BERRON, psychiatre anthroposophe, une substance est indiquée lorsque le processus intérieur de l’Homme commence à ressembler à la substance, à s’en rapprocher.

  • S. HAHNEMANN a mis en relation une substance et l’Homme selon le principe de similitude.
  • La médecine anthroposophique, en se fondant sur la méthode goethéenne et la loi d’analogie, est fondée sur ce que l’on nomme « l’image du médicament ».
  • Le principe de similitude est une partie de l’Image du remède et bien sûr, la pathogénésie de cette substance fait également partie intégrante de cette image.

Qu’est-ce que l’image du médicament, plus précisément ?

Il faut passer par l’observation rigoureuse qui englobe à la fois le niveau substantiel (moléculaire) d’un minéral, d’une plante ou d’une substance animale, mais aussi cette molécule englobée dans le vivant, nous arrivons là à la biologie (bio logos : langage de la vie).

Ce terme est également utilisé en médecine scientifique, mais elle a cru nécessaire d’ajouter au terme « biologie » le mot moléculaire, ce qui limite le langage de la vie à la molécule.

En médecine anthroposophique, on élargit le niveau moléculaire à celui du vivant. Par-delà le minéral, chaque molécule est englobée dans un niveau que l’on peut appeler le niveau de la vie et qui lui confère sens. C’est ainsi que ces molécules s’inscrivent dans un corps vivant. Ce corps vivant est caractérisé par l’idée de croissance, de reproduction, de cicatrisation, régénération.

Dans l’image du médicament sont englobés le niveau moléculaire, mais aussi tout le comportement de la substance dans la nature, son rôle dans la nature, sa rencontre avec les différents règnes, mais aussi sa rencontre avec le domaine culturel.

 

QuartzPrenons l’exemple d’une substance : la silice

En homéopathie, on la nomme SILICEA alors qu’en médecine anthroposophique, il s’agit du QUARTZ.

En effet, dans la pharmacopée anthroposophique, seules les substances issues de la nature sont utilisées pour l’élaboration du médicament.

Où se trouve la silice ?

Elle représente 28 % de la croûte terrestre, elle est abondante dans les profondeurs marines où les diatomées l’extraient pour fabriquer leur squelette externe ainsi qu’au voisinage des estuaires où l’on retrouve la silice arrachée aux sommets et terres parcourues par les cours d’eau.

C’est une substance qui, sur le globe terrestre, se trouve en surface, en périphérie.

Dans le domaine végétal, c’est elle qui confère la structure verticale aux tiges, céréales, prêle et on la retrouve dans les poils urticants, les épines, dans les écorces des arbres… et donc également en périphérie.

Chez l’animal, on la trouve concentrée dans la matrice extracellulaire, cet immense océan intérieur issu du trophoblaste embryonnaire, lequel entoure l’embryon au 8° jour de son développement.

On la retrouve à la périphérie de toutes les cellules, de tous les organes qui baignent dans cette matrice extracellulaire. On y trouve des veinules, des capillaires, des fibres nerveuses non myélinisées. Ce milieu est optiquement homogène, il ne réfracte pas la lumière, et il a souvent été comparé à un gel de silice. Il oscille entre SOL et GEL.

On retrouve également la silice dans les structures qui entourent les organes, péricarde, plèvre, péritoine, dans les fascias intermusculaires, dans le nucleus pulposus des vertèbres et en concentration particulièrement importante dans le cristallin de l’œil ainsi que dans le vitré.

La silice en tant que substance

Lorsque l’on observe un cristal de quartz, il est devenu forme ciselée, transparente, ne semblant plus contenir aucune trace de chaleur et de lumière. Il est devenu entièrement substance, contrairement à un morceau de charbon opaque qui lui, ne demande qu’à s’enflammer en libérant lumière et chaleur. Nous venons de montrer là une polarité.

Le silicate semble avoir déjà donné toute son énergie au cours de son histoire. Il est devenu entièrement substance et son énergie chaleur et lumière se manifeste en périphérie en tant que processus.

Par exemple, le cristallin de l’œil est lui-même devenu analogue à un cristal et il permet de processus de la perception visuelle de s’exercer à travers lui.

Au sein de la matrice extracellulaire, la silice joue le rôle de transmetteur par lequel transitent les informations (d’une cellule à l’autre, mais également d’une cellule avec le reste de l’organisme).

L’information est un processus et non plus une substance.

La silice permet aussi de ressentir la verticalité ; comme une tige de céréale dressée verticalement, le nucleux pulposus d’une vertèbre permet de ressentir la posture verticale. Il en va de même pour les fascias intermusculaires qui participent de la proprioception.

En polarité à l’océan intérieur qu’est la matrice extracellulaire, cette périphérie intériorisée qui se développe à partir du trophoblaste, on retrouve la peau, périphérie de l’organisme extrêmement riche en silice.

La silice ou le quartz confère forme et structure (cristal, structures végétale…) mais également transparence intérieure qui permet le processus sensoriel : PÉRIPHÉRIE – FORME – STRUCTURE – PERCEPTION.

Dans l’IMAGE du QUARTZ et de la SILICE, on peut reconnaître certaines caractéristiques du médicament homéopathique SILICEA, notamment sur la peau, l’immunité, la frilosité (le quartz ne contient plus d’énergie et de chaleur).

 

Le principe de l’homéopatisation (dilution – dynamisation)

dilution-dynamisationC’est un autre point de similitude ou d’analogie qui réunit l’homéopathie et la médecine anthroposophique.

Il fait partie intégrante de la nature humaine. Au sein de l’Homme, l’homéopatisation est un processus essentiel.

Toute substance qui pénètre l’organisme humain doit perdre ses caractéristiques extérieures par le biais de la mastication, l’humidification puis la digestion via les enzymes (ptyalines, amylases, lipases). Elle finit par disparaître, elle est « homéopatisée » afin de pouvoir être absorbée ; une grande partie de la substance est éliminée.

Dans ce processus, il y a aussi le mouvement : absorption, résorption, passages de membranes.

La dilution – dynamisation fait perdre la cohésion spatiale à la substance et l’ouvre à la dimension temporelle, au devenir. La raréfaction (dilution) et sa dynamisation permettent également un retour de la substance vers des étapes antérieurs de son histoire. Les substances finies sont des processus arrivés à terme, et les processus pharmaceutiques les rapprochent de leur forme archétypale, ils les « rajeunissent », ils les « ré ouvrent ».

 

L’observation fine du patient

C’est un point fondamental commun entre la démarche homéopathique et la méthode anthroposophique.

Pour les homéopathies, il s’agit de retrouver les signes de la pathogénésie chez le patient en utilisant la loi de similitude, pour les médecins anthroposophes, de mettre en relation son tableau avec l’image du remède en utilisant la loi d’analogie.

Tous deux s’attachent à retrouver les signes individuels spécifiques au patient, pour l’homéopathe : l’étiologie, les modalités, la constitution, la diathèse…, pour les médecins anthroposophes, les signes individuels, biographiques, structure du patient, tempérament …

Pour les deux médecines, chaque maladie se manifeste différemment selon l’individualité et la biographie particulière de chaque patient, alors que dans le cadre de l’allopathie, c’est la maladie qui est importante.

Nous avons deux niveaux d’analyse pour la médecine anthroposophique et l’homéopathie :

  • La maladie
  • Et les manifestations individuelles de celle-ci.

Nous retrouvons d’autres analogies :

  • Les structures neurasthéniques en médecine anthroposophique peuvent se rapprocher des tuberculiniques et des phosphoriques décrits par l’homéopathie.
  • De la même manière, les structures hystériques en médecine anthroposophique peuvent être comparées aux carboniques et sycotiques (THUYA, MEDORRHINUM) en homéopathie.

 

Médicaments anthroposophiques, des principes et processus pharmaceutiques à part !

Le fondement de la préparation du médicament homéopathique et du médicament anthroposophique est la raréfaction de la substance, sa dilution par étapes successives accompagnée de la dynamisation.

Pour la médecine anthroposophique, la souche de base est toujours issue de la Nature, de l’un de ses trois règnes. Mais l’utilisation même de la souche y est parfois particulière.

Pour les végétaux, par exemple, on emploie la racine, la fleur ou la feuille selon l’effet escompté. La racine en thérapeutique est dédiée au pôle neurosensoriel, la fleur au pôle métabolique, tandis que les feuilles sont dédiées au pôle rythmique du patient auquel le médicament est destiné.

Le mode de préparation pharmaceutique permet d’orienter la substance qui vient du monde extérieur, vers le processus visé chez le patient. La chaleur en particulier y joue un rôle important ; pour accentuer ou orienter le potentiel thérapeutique des souches végétales, la pharmacie anthroposophique recourt à des procédés pharmaceutiques qui font appel à différents paliers thermiques avec entre autres :

  • La macération à froid (la seule utilisée par l’homéopathie), qui oriente vers le système neurosensoriel ;
  • La digestion, traitement à 37° de plantes fraîches, destiné au système rythmique, principalement circulatoire ;
  • La décoction pour les parties dures des plantes, écorces et racines, qui oriente vers l’appareil digestif ;
  • L’incinération réduit la plante à l’état de cendre, elle devient minérale et s’adresse principalement au système pulmonaire.

ChamomillaLa pharmacie anthroposophique propose également des souches particulières, par exemple les métaux et minéraux végétabilisés ; la plante y dynamise le métal. Elles s’utilisent en dilution basse, D2 ou D2, mais en réalité, la dilution se fait au cours de 3 années de culture, ce qui correspond à une haute dilution du métal à travers la plante.

Les substances élaborées

Mais au-delà de ce qu’offre la nature en termes de souches, certaines substances sont également « élaborées », au cours de processus pharmaceutiques, comme par exemple PLUMBUM MELLITUM

Cette idée existait déjà chez Hahnemann avec par exemple HEPAR SULFUR composée de fleur de soufre et de calcaire d’huître ; CAUSTICUM également est composé de chaux et de bisulfate de potassium. Ce sont des souches préparées.

Les hauteurs de dilution

En homéopathie, la règles de prescription est la suivante :

  • Plus la similarité est étendue, plus la dilution prescrite sera élevée, de même, la basse dilution est dédiée à une action locale, la haute à une action globale.

En médecine anthroposophique,

  • Les basses dilutions, entre D1 et D6, orientent vers les processus métaboliques : digestion, mouvement, muscle, régénération, anabolisme, stimulation…
  • Les dilutions moyennes, entre D8 et D12, orientent vers les processus dits rythmiques : rythme veille-sommeil, système cardio-respiratoire...
  • Les hautes dilutions, D15 à D30, orientent vers les processus neurosensoriels : perception, pensée, représentations, mémoire, concentration, conscience individuelle…

Mode d’action selon le règne utilisé

  • Les médicaments issus du règne végétal sollicitent une réaction du corps animique ou astral.
  • Les médicaments issus du règne animal sollicitent une réaction du corps « végétal » également nommé corps éthérique ou corps de vie. On donne par exemple ARANEA DIADEMA, une araignée, dans une maladie de Dupuytren pour revitaliser.
  • Les minéraux sollicitent l’action du JE.

Conclusion

Mais ce qui rassemble surtout les deux médecines, homéopathie et médecine anthroposophique, c’est le concept de salutogénèse.

Ce terme issu du latin salutis = santé et du grec genesis = origine a été proposé par le sociologue de la santé, Aaron Antonovsky, et désigne ce qui favorise la santé par opposition avec ce qui cause la maladie ou pathogenèse, concept sur lequel repose la médecine occidentale contemporaine. 

Et en termes de prévention, les deux concepts s’opposent :

  • La Salutogénèse : d’où vient la santé et comment la renforcer ?
  • La Pathogénèse : d’où vient la maladie et comment l’éviter ?

 

Docteur Robert KEMPENICH

  • Spécialiste en médecine générale
  • Diplôme Universitaire de cancérologie
  • Certificat Universitaire « Infection par le VIH »
  • Diplôme Universitaire « Médecine, Méditation et Neurosciences »
  • Diplôme de l’École Française d’Homéopathie

Dr. Robert KEMPENICHJ’ai été, sur le plan international, durant 24 ans, membre du CA de la IVAA (International Federation of Anthroposophic Medical Associations), président, durant treize ans, de l’ECPM (European Council of doctors for Plurality in Medicine), membre du conseil de CAMDOC Alliance pendant 12 ans ainsi que membre de l’Advisory Board de CAMbrella (étude pan-européenne – 16 universités).

J’ai été successivement, président de l’AMAF (Association Médicale Anthroposophique Française), puis du Mercure Fédéral (Fédération des Associations Médicales Anthroposophiques en France) sur le plan national.

Je suis actuellement président du CNP MEP SMA (Conseil National Professionnel des Médecins à Expertise Particulière – Section Médecine Anthroposophique), de la SSMA (Société Savante de Médecine Anthroposophique) et de l’AREMA (Association pour la Recherche et l’Enseignement en Médecine Anthroposophique).

Tout au long de ces années, j’ai souvent été amené à présenter et à défendre la médecine anthroposophique devant les instances officielles tant nationales qu'européennes.

Modifié le: 
04/06/2018
par: 
Véronique Baumann
Auteur : Véronique Baumann - Médecin homéopathe - 19/03/2018
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