Apnées, ronflement et troubles du sommeil

apnée ronflement et troubles du sommeil

Article de Jacques GROSBOIS et Michèle LE PELLEC 10 Janvier 2004

Le sommeil

Si les scientifiques ne savent toujours pas pourquoi les humains, et d'autres animaux, ont besoin de sommeil, ils commencent à mieux analyser ce qui se passe pendant le sommeil. Du fait de la possibilité d'enregistrements précis de l'activité cérébrale, ils cernent de plus en plus la façon dont le sommeil affecte nos systèmes physiologiques. En outre, la recherche sur le sommeil permet de mettre en évidence les relations entre un certain nombre de maladies et les risques associés aux troubles de la respiration pendant le sommeil (TRS). Tous les animaux à sang chaud ont un stade de sommeil paradoxal et rêvent, sauf peut-être le dauphin. Il dort alternativement avec chacun de ses hémisphères cérébraux, 20 minutes de chaque côté, à cause de sa respiration volontaire (si on l'endort artificiellement, il ne respire plus). Mais il ne présente pas de signe de sommeil paradoxal.

Les stades du sommeil

L'organisation des rythmes du sommeil est progressivement acquise grâce à l'alternance veille/sommeil de la période fœtale jusqu'à l'âge de 20 ans. Chez l'adulte, le sommeil est constitué de deux états bien distincts : le sommeil lent et le sommeil paradoxal, tous deux définis par un ensemble de variables physiologiques.

Le sommeil est subdivisé en cinq stades

  • Stades I à IV : sommeil lent
  • Stade V : sommeil paradoxal.

Ces différents stades sont définis à partir des résultats des enregistrements électroencéphalographiques du cerveau, du tonus musculaire et des mouvements oculaires. Les tracés de ces différents enregistrements constituent l'hypnogramme.

Le sommeil lent

Les quatre stades de sommeil lent, notées de I à IV, sont les phases d'endormissement vers un sommeil de plus en plus profond, avec une diminution du tonus musculaire. La progression du stade I au stade IV est aussi caractérisée par une baisse progressive de la fréquence et une augmentation de l'amplitude des ondes cérébrales.

  • Le stade I est la période de transition avec l'éveil, période d'endormissement ou également période de pré-éveil.
  • Le stade II est la période d'installation d'un sommeil plus profond avec ralentissement de l'activité cérébrale.
  • Le stade III est un peu semblable avec des ondes très lentes à l'enregistrement de l'activité cérébrale.
  • Le stade IV est la période où l'activité cérébrale est la plus faible, avec des ondes très lentes qui dépassent 50 % de l'activité globale. C'est la période pendant laquelle il est le plus difficile de réveiller le dormeur C'est le stade important où tout l'organisme se repose, cerveau et muscles. C'est le stade du sommeil profond réparateur qui permet une récupération de la fatigue accumulée, une restauration de l'organisme. Cette fonction de restauration, encore mal précisée, peut être corrélée à la sécrétion de l'hormone de croissance, particulièrement importante au cours des stades III et IV du sommeil profond, et dont la libération en début de nuit représente 75 % des quantités produites en 24 heures.

Les stades III et IV, représentent 15 à 25% du sommeil total. Le passage du stade I au stade IV se fait en 40 à 60 minutes après le début de l'endormissement.

Le sommeil paradoxal

Cette phase de sommeil correspond au stade V de l'hypnogramme. Ce sommeil se caractérise par une activité électrique cérébrale désynchronisée, comparable à celle de l'état de veille, alors que le sujet est profondément endormi. Durant de ce stade, on observe une diminution complète du tonus musculaire, entrecoupée par des contractions brèves et des mouvements oculaires rapides, non coordonnés. Paradoxalement, l'activité cérébrale est intense alors que le sujet est profondément endormi. Le sommeil paradoxal correspond à 25 % environ du temps de sommeil total. Cette phase de sommeil paradoxal est classiquement la période riche en rêves, mais aussi une période d'activité dans la mémorisation des faits récents.

Les troubles du sommeil

  • Les Apnées Obstructives du Sommeil ou SAOS

Elles ont un impact direct sur la qualité du sommeil. Ces arrêts respiratoires nocturnes suivis de micro-éveils entraînent une fragmentation du sommeil. En effet, chaque reprise de la ventilation pulmonaire cause une désorganisation majeure du sommeil. Le nombre de micro-éveils dépasse souvent soixante par heure . Le sommeil s'approfondit mal, avec une nette augmentation du sommeil lent léger (Stades I et II) aux dépens du sommeil lent profond (Stades III et IV). Le sommeil paradoxal est également diminué.

  • Les rythmes du sommeil.

Dans les sociétés industrialisées, 20 % de la population active travaille de nuit ou en horaires tournants. Ces travailleurs se trouvent en contradiction avec leurs propres rythmes biologiques et en opposition avec leur entourage, dont ils ne suivent pas le rythme d'activité, ce qui provoque souvent des difficultés d'ordre familial et social.

Hypnogramme de sommeil perturbe

  Anatomie des voies aériennes supérieures

  • Le ronflement ou ronchopatie

Le ronflement est lié à une réduction du calibre des voies aériennes supérieures. Il est le résultat d'une vibration des tissus mous naso-pharyngés intéressant le voile du palais, la base de la langue, et les parois pharyngées. Les ronflements sont favorisés par la fatigue ainsi que la prise vespérale d'alcool ou de tranquillisants. La ronchopathie recouvre l'ensemble des pathologies liées au ronflement. Les causes. Le ronflement est souvent lié à des problèmes respiratoires durant le sommeil, en particulier les apnées. Ces problèmes surviennent notamment lorsque les muscles du pharynx, du palais, de la luette et de la langue se relâchent pendant le sommeil profond et vibrent bruyamment au passage de l'air durant l'inspiration. Le passage de l'air est d'autant plus limité que la luette et le voile du palais sont plus relâchés et volumineux. D'autre part, le volume de la langue et sa position au-dessus de l'entonnoir pharyngé sont des éléments prépondérants dans la genèse de la vibration sonore. Une obstruction nasale est également un élément qui peut augmenter l'importance du ronflement du fait de la respiration buccale exclusive.

  • Les apnées du sommeil

Une apnée du sommeil est caractérisée par un arrêt du flux aérien d'une durée supérieure ou égale à dix secondes, la reprise respiratoire coïncidant habituellement avec un éveil très bref ou l'allégement du sommeil. L'apnée obstructive du sommeil est un désordre caractérisé par l'obstruction de la voie aérienne supérieure pendant le sommeil. Les apnées sont dites obstructives lorsqu'elles sont accompagnées de la persistance des efforts de ventilation pulmonaire par opposition aux apnées centrales dues à la disparition des mouvements respiratoires par absence de commande du centre de la respiration. Elles sont dues à la fermeture, ou collapsus, des voies aériennes lors de l'inspiration. Ce collapsus peut survenir en un ou plusieurs sites de l'oro-pharynx ou de l'hypo-pharynx.

Les pathologies associées aux troubles du sommeil

Les patients présentant un syndrome d'apnée obstructif de sommeil non traité ont des nuits de sommeil fragmentées par de nombreux micro-éveils, le plus souvent non perçus par le patient, suivis d'un réveil matinal difficile. Ce sommeil est alors peu réparateur. On soupçonne certaines morts subites nocturnes d'être en lien direct avec les apnées du sommeil, par troubles du rythme cardiaque chez des sujets prédisposés, au cœur fragile. L'importante proportion de sujets hypertendus retrouvés chez les patients présentant un syndrome d'apnées du sommeil faisait suspecter une relation directe entre ces deux pathologies. Les apnées peuvent également entraîner des troubles de la mémoire et d'autres fonctions cognitives (concentration, apprentissage, réalisation de tâches répétitives.). Certains troubles disparaissent après le traitement des apnées, mais d'autres, reliés au manque répété d'oxygène dans le cerveau, ont tendance à devenir irréversibles.

Les troubles relationnels

De nombreux patients consultent pour des troubles du sommeil pour eux-mêmes et leur conjoint. En effet, les bruits générés par les ronflements, et les apnées inquiétantes sont des éléments qui perturbent gravement le sommeil du conjoint. Aux USA, une fois sur dix le ronflement du conjoint est évoqué dans les cas de divorce.

Les traitements

  • Les prothèses ou orthèses

La Canule Souple Oropharyngée ou C.S.O :

Ce dispositif est constituée d'un tube très souple en silicone qui est introduit la bouche, jusqu'à la base de langue. Un filtre extérieur fait office de nez artificiel. Le flux aérien est ainsi conduit jusqu'au larynx sans qu'il y ait d'obstacle, sans vibration, et donc sans ronflement.

Les orthèses endo-buccales.

Les orthèses d'avancement mandibulaire, ou de protrusion de la langue, sont des dispositifs prothétiques amovibles portés pendant la nuit. Elles visent à avancer la langue et à agrandir les voies aériennes supérieures, en particulier l'espace en arrière de la langue par propulsion mandibulaire nocturne.

La ventilation à pression positive

Le principe de cette méthode consiste à envoyer de l'air sous pression dans les poumons du patient. En effet la pression de l'air a pour effet de forcer l'obstacle qui crée l'apnée. L'air pénètre alors dans les poumons. Pour cela on utilise des appareils munis d'une pompe qui envoie régulièrement de l'air ambiant par l'intermédiaire d'un tuyau et par un masque appliqué sur le visage du patient.

Les interventions chirurgicales

La chirurgie d'avancée bi-mandibulaire

Elle consiste en un avancement des structures osseuses, après section de la mandibule inférieure et du maxillaire supérieur.

Cette intervention a pour effet d'avancer la base de la langue en avant dans la cavité buccale.

L'uvulo-pharyngo-plastie (U.P.P)

L'UPP est l'intervention chirurgicale de référence proposée depuis les années 80 pour le traitement des ronflements. En effet, les praticiens ont reconsidéré l'importance du voile du palais dans la genèse du ronflement. L'intervention consiste à raccourcir ce voile trop long ou trop épais afin de libérer le passage et d'éviter ainsi la vibration. Elle comprend la résection de la luette et du palais mou sur une épaisseur de 1,5 cm en avant du bord libre du voile.

Les traitements utilisant le Laser

La LAUP ou Laser Assister Uvulopharyngo-Plasty.

Il s'agit d'une une technique de réduction du voile du palais à l'aide d'un laser CO2 voire YAG qui a pour but de traiter le ronflement. Ce traitement est effectué en général sous anesthésie locale.

Les méthodes utilisant la Radio Fréquence

C'est est un procédé qui emploie l'énergie de la radio-fréquence (de type micro-onde). Une aiguille spéciale est utilisée pour chauffer et cautériser le tissu interne du voile du palais, créant ainsi, lors de la cicatrisation, une rigidité supplémentaire évitant la mise en vibration du voile.

Le cout social des syndromes de ronflements et d'apnées du sommeil

Le marché global.

  • Aux Etats unis, en 1995, le coût des troubles du sommeil a été évalué à 16 milliards de dollars US par an, en incluant les décès prématurés, les pertes de productivité, les soins médicaux et le coût des accidents. (1) En 1996, le marché mondial des appareils de ventilation à pression positive et des accessoires associés était estimé à 162 millions de dollars US.
  • En France, 400 000 personnes sont atteintes du syndrome des apnées du sommeil. En fait, les professionnels estiment la population concernée à 3 millions de personnes. La prise en charge des difficultés respiratoires d'un malade souffrant d'apnées du sommeil par un système d'assistance respiratoire nocturne est évaluée à plus de 1 500 euros par an. En France, sur une population de 60 millions d'habitants, on détecte par an plus de 5 500 cas supplémentaires de patients appareillés en ventilation à pression positive, ce qui correspond déjà à un diagnostic d'apnée sévère. Par ailleurs, les industriels du marché évaluent à environ 20 millions, le nombre d'apnéïques potentiellement appareillables dans le monde.

Compte tenu de cette croissance, l'ensemble du coût social de cette pathologie est désormais sous observation dans la majeure partie des pays développés.

La prise en charge des patients

Depuis quelques années, des centres du sommeil ont été mis en place dans de nombreux établissements hospitaliers ou cliniques français, canadiens ou belges.

Il existe maintenant environ cent cinquante centres du sommeil répartis sur l'ensemble du territoire français dont une vingtaine sont agrées par la Société Française de Recherche sur le Sommeil.

Aujourd'hui, les délais d'attente pour un diagnostic du sommeil appelé polysomnographie reste long ( entre 4 et 6 mois), mais l'usage d'équipements mobiles utilisés par le patient à son domicile permet d'accélérer les prises en charge .

De nombreuses associations permettent aux malades soignés par VPP de recevoir toute information et suivi nécessaire.

 

FAAF Fédération des Associations d'apnéiques de France. Sommeil et Santé Cette association vous propose des informations sur les maladies et les troubles du sommeil et de la vigilance.

 Pour en savoir plus : « Apnées ronflements et troubles du sommeil» par le docteur Grosbois et Michèle Le Pellec

 

Modifié le: 
11/10/2017
par: 
Véronique Baumann
Auteur : - 17/02/2008

À propos de l'auteur

Michèle Lepellec, Ingénieure en télécommunications, auteure d'ouvrages

La référence en homéopathie, phytothérapie et médecines complémentaires depuis 1999