La fibromyalgie ou maladie de la fatigue chronique
Par Dr André Mergui
Cette affection commence à être de plus en plus en plus connue
dans les pays occidentaux. Lors de son apparition, voilà trente ans
environ, elle a été
pour la grande majorité du corps médical une affection " poubelle " qu'on
attribuait volontiers
à un problème psychiatrique à prédominance féminine.
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Comment en effet prendre au sérieux quelqu'un qui paraît en
excellente santé, qui est souriant, bien portant et qui passe son
temps à se plaindre d'un mal invisible qui le ronge ? Comment croire
quelqu'un qui affirme deux mois durant ne plus pouvoir marcher à
cause d'une douleur en vrille sous le pied droit, qui en guérit comme
par enchantement, puis qui se plaint avec autant d'insistance de son genou
gauche dans les mois suivants ? Comment croire quelqu'un qui ne souffre qu'en
travaillant et qui n'est soulagé que par le repos ? Comment croire
quelqu'un qui semblerait vouloir démontrer
à son médecin que son arsenal diagnostic n'est pas en mesure
de diagnostiquer son mal ? Comment croire un conjoint qui se dérobe à toutes
ses tâches en prétextant être atteint d'un mal invisible
? Comment croire un mari qui ne veut plus travailler, une
épouse qui ne veut rien faire dans son foyer ou qui prétend
ne plus pouvoir sortir ou veiller ?
Parce qu'ils ne pouvaient pas se faire entendre, parce qu'ils ont compris
qu'on ne pouvait pas les croire, ils se sont regroupés en associations
de malades.
Ils ont commencé par s'écouter mutuellement, ils ont découvert
qu'ils n'étaient pas seuls
à souffrir de fibromyalgie et se sont rassurés sur leur état
mental. Pendant longtemps ils ont pensé qu'ils étaient fous
puisque rien ni personne ne pouvait percevoir leur mal. Et c'est ainsi
qu'ils ont pu se faire entendre et qu'ils ont pu faire reconnaître
leur maladie.
La Maladie de la Fatigue Chronique a été
reconnue officiellement le 16 juillet 98 par la Grande Bretagne, tandis
que les États-Unis d'Amérique l'ont ajoutée à la
liste des maladies infectieuses nouvelles récurrentes et résistantes
aux médicaments.
L'OMS a reconnu la fibromyalgie en 1992 et la fait figurer dans la liste
ICO-10 comme M790-rhumatisme non spécifié.
Depuis août 1992, la déclaration de Copenhague a reconnu l'authenticité de
la fibromyalgie
Elle est considérée comme pathologie prise en charge dans
les structures de " lutte contre la douleur chronique rebelle " (circulaire
DGS/DH N°98-47 du 4 février1998 - Direction générale
de la Santé).
Il a fallu définir cliniquement cette maladie pour n'importe quel
médecin puisse porter un tel diagnostic. C'est au Collège
Américain de Rhumatologie (ACR) qu'on doit la première description
clinique officielle de la maladie. Ce Collège a estimé
en 1990 que tout fibromyalgique pouvait porter sur son corps jusqu'à 18
points douloureux à la palpation. Lorsque 11 de ces 18 points sont
douloureux
à la pression, le sujet a, selon l'ACR, 88% de chances d'être
un fibromyalgique.
Depuis que l'existence de cette affection est mondialement reconnue, les
médecins cherchent à en comprendre la cause et à trouver
la molécule miracle ou le gène responsable. Mais à ce
jour aucun traitement n'a pu assurer une guérison. Le plus souvent
le fibromyalgique devient dépendant d'une ou plusieurs thérapies
sans être véritablement soulagé.
A force de chercher, on s'est finalement rendu compte que " tout le
monde peut en être atteint hommes, femmes adolescents, enfants, personnes âgées.
La prévalence est identique en Pologne ou en Grande Bretagne " (Mac
Cain 1996). On s'est aussi aperçu que les douleurs invalidantes
n'ont rien de " rhumatismes
", parce qu'elles gardent l'aspect migratoire et unilatéral,
caractéristique de la fibromyalgie.
Comment les malades décrivent leurs souffrances.
Les plus fréquents motifs de consultation sont
des douleurs et un épuisement au moindre effort. En fait, le médecin
s'aperçoit très vite que ces patients sont atteints d'une
foule de symptômes apparemment sans lien.
Ils ont mal partout, à la tête, au dos, aux membres. Ils n'arrivent
plus à faire des gestes qu'ils avaient l'habitude de faire ; pour
certains c'est la marche qui est devenue pénible, pour d'autres
monter un escalier devient une véritable expédition. La ménagère
dira qu'elle ne peut plus porter ses sacs, soulever une chaise ou lever
les bras. Le sportif dira qu'il a été obligé d'arrêter
ses activités ou qu'il ne peut les continuer qu'à
la seule condition d'être sous antalgiques. D'autres diront qu'ils
sont obligés de faire une heure de stretching par jour, tant ils
sentent que leurs muscles sont tendus, spasmés. Le pianiste dira
qu'il est
épuisé au bout d'une heure de piano, alors qu'il avait pour
habitude de jouer 6 heures par jour.
Ils dorment mal, ne récupèrent pas pendant le sommeil, se
sentent fatigués dés le réveil.
Très souvent ces premiers signes masquent un cortège impressionnant
de symptômes. Ils ont l'impression d'avoir toujours l'esprit dans
le brouillard, d'avoir de la peine pour se concentrer ou pour trouver le
mot juste. L'oreille leur semble bouchée, ils entendent moins bien,
et sont envahis d'acouphènes, voient moins bien, ont des vertiges
avec l'impression d'être un peu ivre lorsqu'ils marchent. Leur gorge
pique, racle, leurs amygdales sont enflammées. Ils avalent souvent
de travers et font quelques apnées du sommeil qui les amène à dormir
avec plusieurs coussins sous leur tête.
À force d'entendre que leurs examens sont normaux, qu'ils sont juste
stressés, qu'ils en font trop et qu'il leur faut quelques anxiolytiques,
ils finissent par se demander s'ils ne sont pas en train de devenir fous
ou s'ils ne sont pas atteints d'un cancer tellement si grave que personne
n'ose leur avouer. C'est ainsi qu'ils aggravent l'état anxio-dépressif,
de plus en plus anxieux et déprimés caractéristique
de leur affection. Troubles de l'idéation, humeur changeante, idées
suicidaires, crises de spasmophilie et douleurs thoraciques précordiales
nous incitent
à tort à penser que leur maladie est dans la tête.
Cette idée est confortée par la normalité
de tous les examens qu'on peut leur faire subir. Rien n'est visible à la
radio ou au scanner, rien ne se détecte aux examens de laboratoire
actuels.
Médicalement, rien ne valide officiellement les doléances
de ces patients dont les dires sont contradictoires et changeants : leurs
fameuses douleurs sont migratrices, cervicales le lundi, lombaires le vendredi,
brachiales le dimanche.
Continuant à souffrir, le fibromyalgique retourne souvent chez son
médecin, puis fait le tour des spécialistes dans l'espoir
d'être enfin soulagé. Rien n'est stable dans leur plainte,
en janvier ils consultent l'ORL pour une oreille bouchée, en février
ils consultent pour un syndrome de canal carpien. En mars ils consultent
le dentiste pour des douleurs dentaires ou articulaires inexpliquées.
En avril, ils se retrouvent allergiques à tout, au moindre allergène,
au moindre stimulus. En juin, ils demandent des tranquillisants
à leur médecin, en septembre ils ont besoin d'un arrêt
de travail. En octobre, ils prennent rendez-vous chez l'ophtalmologiste
pour une paupière qui saute ou pour une violente douleur rétro-orbitaire
ou pour une baisse subite de la vue.
Les traitements ostéopathiques sont tous efficaces mais les résultats
ne durent pas. Le corps se tord
à nouveau sur le bassin, le rachis ou le crâne. Les récidives
se font dans l'espace d'une semaine minimum à trois mois maximum.
Leur budget santé est impressionnant au point que le nombre croissant
de ces malades commence à déstabiliser l'équilibre
financier des caisses maladies. Ils sont souvent accusés de nomadisme
médical, et leurs médecins, pour peu qu'ils soient compréhensifs
et attentifs à leur souffrance, sont accusé
d'être complaisants. S'il n'est déjà
pas facile pour un médecin de comprendre une affection invisible,
cela l'est encore moins lorsqu'il faut faire admettre à un gestionnaire
de caisse maladie ou devant un tribunal l'existence de quelque chose d'impalpable.
Un diagnostic en 7 points d'une grande commodité
- Le 1° élément du diagnostic est la
récidive de la lésion ostéopathique. Les résultats
ne tiennent pas.
- La succession de consultations multiples et réitérées
constitue le 2° élément du diagnostic. Un sujet qui a
consulté 5 spécialistes différents la même année
et qui présente des points douloureux qui sont unilatéraux
et constants entre deux examens, a de fortes chances d'être fibromyalgique.
- Le 3° élément du diagnostic est la simultanéité d'apparition
de tous les symptômes. Tout est apparu brutalement alors que le sujet était
en bonne santé. Sa consommation médicale, stable depuis des
années, passe subitement de 1
à 10 en l'espace de 12 mois. A partir de là
cette consommation reste élevée des années durant.
- Le 4° élément du diagnostic est une baisse notable
des performances physiques, intellectuelles et sexuelles d'apparition concomitante à l'affection.
- Le 5° élément du diagnostic retrouvé
dans 80°/° des cas est un problème dentaire ou de l'articulation
temporo-mandibulaire a précédé
l'apparition de la maladie.
- Le 6°élément du diagnostic est le score impressionnant
de symptômes réunis dans le même corps. J'en ai dénombré
100 en tout.
- Comme dans la grande majorité des cas l'affection est d'origine
maxillaire, le 7° élément du diagnostic, consiste à vérifier
si les points douloureux disparaissent immédiatement en interposant
d'une épaisseur entre deux dents. Ce test clinique majeur ou test
de la cale inter dentaire permet au sujet d'effectuer des mouvements dont
l'amplitude
était limitée. L'ablation de cette cale reproduit la gêne
instantanément .
Évolution
Le test de la cale est un argument diagnostic et pronostic. Il montre en
effet la réversibilité des points douloureux et la réversibilité des
limitations d'amplitude articulaire.
C'est que qui nous incite à penser que la fibromyalgie n'est peut être
pas une maladie, mais simplement une affection réversible témoignant
d'une dysfonction corporelle. Physiopathologie
Les dysfonctions semblent générer des pics de substance P
qui se diffusent partout dans le corps et dans le système nerveux.
Ces pics sont relayés par une cascade de neuro-médiateurs
appartenant au système N.A.N.C. (non adrénergique-non cholinergique).
Ce système NANC utilise des tachykinines ou des neurotransmetteurs
pour agir tout aussi bien sur le corps et ses muscles striés, que
sur les glandes et viscères.
Ses récepteurs se retrouvent partout, sans faire la moindre distinction
entre ce qui est dirigé
par le système nerveux central ou le système nerveux autonome.
Par sa fréquence, la fibromyalgie serait en tête de file des
dysfonctions, parasitant le fonctionnement des muscles, des viscères
et des glandes par le biais du système NANC.
On commence à démontrer la participation du système
NANC dans de multiples pathologies, ouvrant ainsi de nouvelles voies à la
thérapeutique. Un grand nombre de ces pathologies ont des symptômes
semblables à la fibromyalgie, tout simplement parce qu'elles sont
aussi la conséquence d'une cascade de neuromédiateurs. Gershon
Michael, professeur de Biologie cellulaire à l'Université de
Columbia, parle lui aussi d'un troisième système nerveux
localisé tout au long des intestins qui utiliserait les neuromédiateurs
du système NANC. Il l'a nommé Système Nerveux Entérique.
Ce système nerveux et ses neuromédiateurs qui veillent aux
perturbations d'origine alimentaire ou dysfonctions seraient à l'origine
des maladies comme la maladie d'Alzheimer, le Parkinson, la Polyarthrite
Rhumatoïde.
La perte de l'axe, une hypothèse originale sur le concept fibromyalgique.
Je définirai la fibromyalgie comme étant l'ensemble des manifestations
d'un corps qui manifeste avec douleur la perte de l'axe. La fibromyalgie
n'est que le reflet de la perte de l'axe vertical. En mécanique,
nul n'ignore qu'aucun axe ne peut fonctionner correctement s'il est voilé.
La moindre torsion de l'axe empêche le vélo d'avancer correctement
et peut entraîner la rupture de l'entraînement. Si on peut
ainsi admettre que la rigidité de l'axe est indispensable au mouvement
harmonieux sans effort, la fibromyalgie apparaît comme une évidence.
Il ne faut pas penser corps humain pour comprendre, mais penser squelette,
dont les pièces doivent impérativement être bien alignées
au repos pour qu'en mouvement, tout fonctionne sans effort. Si dans la
montre un seul rouage n'est plus dans son axe, l'ensemble des pignons en
souffrent car de l'harmonie de l'ensemble d'un système, bien huilé dépend
l'exactitude horaire.
Mais le corps ne peut pas totalement s'arrêter lors de la perte de
son axe, comme l'auraient fait la montre ou le vélo. Il ne peut
que ralentir notre volonté
de déplacement par des douleurs qui agissent comme des bâtons
que notre système de sécurité
interpose dans les rouages de nos mouvements quotidiens.
Une chute sur le coccyx, un coup sur la tête, sur la mâchoire,
une chute sur l'épaule, une extraction dentaire exécutée
un peu brutalement suffisent à tout désaxer sans que les
examens radiographiques ne puissent déceler le moindre micro- déplacement.
Le corps, lorsqu'il n'est plus sur son axe, lorsque toutes ses parties
ne sont plus en accord parfait, exprimera de multiples façons cette
perturbation en fonction des conditions d'utilisation et en fonction de
l'écoute que chaque être consacre à son corps.
La fibromyalgie est une affection ostéopathique d'origine dentaire
le plus souvent.
Traitement
Cette maladie ostéopathique se traite par des moyens ostéopathiques
nouveaux : " l'ostéopathie dentaire ". Cette technique
s'avère indispensable pour diagnostiquer et traiter les dysfonctions
corporelles d'origine dentaire qui sont de plus en plus nombreuses dans
les consultations d'ostéopathie. Elle figure parmi les meilleurs
outils pour lutter contre la fibromyalgie. Ses résultats encourageants
laissent présager un bel avenir à cette nouvelle technique.
Cette technique concerne ces patients chez qui l'ostéopathe soupçonne
une étiologie dentaire à
un problème structurel. Elle permet à l'ostéopathe
ou au médecin de faire la part des choses entre la certitude de
leur diagnostic et l'avis " dento-sceptique
" d'autres praticiens.
Cet article est extrait du livre écrit par un ancien fibromyalgique,
le Dr André Mergui (chirurgien mf, acupuncteur et ostéopathe,
chargé de cours à l'université P. et M. Curie, expert
près la cour d'Appel)
http://www.osteopathie-france.net/
Prisonniers de la fibromyalgie,
l'espoir retrouvé, diagnostic et traitement.
Ce livre qui démêle l'écheveau des mécanismes
d'une maladie qui semble très complexe offre une synthèse
claire et originale d'une affection encore peu connue qui se propage à
la vitesse d'une épidémie. L'auteur fait part de son expérience,
développe ses hypothèses physiopathologiques et thérapeutiques.
De multiples références bibliographiques sont citées
en fin de chaque chapitre. Sa présentation rend le livre agréable à lire
autant pour le médecin que pour son patient. L'ostéopathe
découvrira les moyens de poser un diagnostic avec assurance, de
vérifier à tout moment l'efficacité
de son traitement, tandis que le patient sera heureux de se reconnaître
au fil des pages pour enfin retrouver son espoir.
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